Grève de la tétée

Publié le par fleur de printemps

La grève de la tétée existe. L'enfant, pour une raison connue ou que l'on tente de deviner, cesse brusquement de téter, alors qu'il tétait régulièrement avant. Il n'est pas malade (par exemple: une otite peut rendre la tétée douloureuse). Il ne s'agit pas d'un sevrage, l'enfant cesse brutalement de téter. Surtout, l'enfant est très triste. C'est sans doute ce qui m'a le plus marquée, ce regard triste et scrutateur, ce besoin incessant d'être dans mes bras. Clairement, cela n'allait pas. Je n'ai jamais désespéré, j'étais sûre que nous trouverions une solution.

Avec le recul, je me demande ce qui a induit cette grève, débutée le jour des un an de mon fils, l'attitude très négative de notre entourage quant à l'allaitement, et / ou ma dépression de ne pas avoir surmonté le traumatisme de l'accouchement.

Voici le texte que j'avais écrit très peu de temps après cette grève, en empruntant la voix de Raphaël. Je souris en le relisant, on sent que je devais justifier en permanence pourquoi mon fils tétait encore.

Un jour, j’ai arrêté de téter. Brusquement, d’un coup, sans prévenir. Ne me croyez-vous pas ? Évidemment, comment me croiriez-vous ? Je n’ai qu’un an et j’aime me lover dans les bras de maman, elle soulève discrètement son T-shirt et moi j’attrape le téton dans ma bouche et énergiquement, avidement je tète. Combien de fois par jour, me demandez-vous ? Nous n’en savons rien, maman et moi. Quand j’ai soif, quand j’ai envie de dormir, quand je veux un câlin et du réconfort, je viens la voir. Cela ne la dérange pas, elle sait faire plein de choses en même temps, elle lit, elle écrit, elle pianote sur l’ordinateur, elle sait manger aussi, et parfois elle ne fait que me regarder, me sourit, me caresse. Bien sûr que je mange aussi à table avec papa et maman et que j’apprécie également d’autres câlins, mais cela fait partie des moments uniques entre maman et moi.

 

Pourtant comme je vous le disais, un jour j’ai arrêté d’un coup. C’était le jour de mes un an. Maman ne s’est d’abord aperçue de rien, comme elle me fait toujours confiance pour demander les tétées. Puis elle a imputé mon désintérêt à mon rhume, il est vrai que je ne suis jamais malade, aussi n’a-t-elle pas l’habitude. Elle m’a plusieurs fois débouché le nez avec son lait, mais là n’était pas le souci.

 

Maman me parlait beaucoup. Très honnêtement, je ne comprends pas vraiment ce qu’elle me dit, mais je sentais qu’elle était triste. Elle me parlait de ma naissance, de ce qu’elle avait ressenti alors, que cela ne s’était pas passé aussi simplement qu’elle l’avait espéré. Elle a ajouté que nous avions été aussitôt séparés, qu’elle m’avait à peine vu, n’avait même pas pu me toucher. Cela n’a duré qu’une heure et demi et pourtant cela nous a paru une éternité à tous les deux. Et lors de ma naissance ma clavicule avait été fracturé, j’avais mal mais je n’arrivais pas à me faire comprendre, ce n’est qu’au bout de trois jours qu’ils ont compris. Maman repensait à tout cela peu avant mon anniversaire, cela la rendait triste, l’étouffait, et moi aussi. Peut-être avions-nous besoin de retraverser ensemble cette épreuve.

 

Il y a aussi tous ces gens que j’aime bien pourtant mais dont certaines paroles énervent maman. Ils me répètent que je suis un grand, plus un bébé. Certes je marche depuis plus d’un mois, et alors ? Ils ont l’air de désapprouver quand je tète. Parfois maman n’est pas à l’aise, cela me laisse perplexe. Pourquoi la fatiguent-ils de leurs réflexions ?

 

Ainsi, le jour de mes un an, je n’ai plus tété, mais alors plus du tout. Qu’est-ce que j’étais triste ! Je me réfugiais dans les bras de maman, je ne la lâchais plus. J’étais malheureux. Parfois elle croyait que je voulais téter, car je faisais mine de demander, j’ouvrais la bouche, mais je ne pouvais pas. Même la nuit, je n’ai pas tété. Habituellement je ne me réveille pas et elle non plus, je dors près d’elle et je me sers deux ou trois fois, c’est en libre-service. Comme je me refusais à téter, nous nous réveillions tous les deux, elle me berçait et nous nous rendormions vite.

 

Le lendemain, maman a tiré son lait. Elle en a l’habitude, elle fait ça à son travail et mon papa ou mes grands-parents me le donnent dans une tasse quand elle n’est pas là. Je l’ai regardée, mais je ne pouvais pas me décider à boire. Elle m’a proposé son lait dans une pipette, j’en prenais juste assez pour ne pas souffrir de la soif, mais franchement cela n’a rien à voir.

 

Au bout de trois jours, nous sommes allés voir des amis, certains bébés de mon âge tétaient encore, cela m’a donné courage. J’ai bu un peu, timidement, j’étais rassuré et maman aussi, je savais encore faire et il y avait toujours du lait. Mais j’étais toujours malheureux.

 

Maman continuait de me parler. Elle évoquait toujours ma naissance, mais surtout d’une voix douce elle me disait tout son amour. Jamais elle ne s’énervait. Un instant elle a cru que je la rejetais, mais elle s’est vite rendu compte que nous étions tous les deux malheureux de la situation. Elle me parlait de la confiance que nous avions toujours eu l’un pour l’autre. Nous nous sentions bien, moi dans ses bras, à en oublier ma grève. Le soir je me suis encore endormi sans téter, juste bercé dans ses bras. La nuit non plus je n’ai pas bu. Elle a même dû se lever pour tirer son lait, papa commençait à trouver cela bizarre. Une journée s’est passée, et encore une nuit. Puis, le lendemain matin, timidement j’ai repris. C’était timide je l’avoue, mais c’était reparti. Le cinquième jour après mon anniversaire, tout était redevenu normal.

 

Un jour je ne tèterai plus. Je ne sais pas encore quand, maman non plus d’ailleurs, elle me fait confiance, ce jour-là je ne serai pas triste et elle non plus. C’est une autre histoire, pas encore écrite, que je vous raconterai peut-être.

 

 

Publié dans allaitement

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sarah ferrah 14/06/2011 13:48


je voulais juste laisser ce petit mot pour vous dire merci. J'ai lu avec attention et cela m'a redonné espoir car je ne connaissais pas la grève de la tétée ; je pensais juste qu'il ne voulait
plus. Je vais réessayais tout en douceur et peut-être !